
#353 - septembre/octobre 2020
Crise sanitaire : des lignes ont bougé
#353 - septembre/octobre 2020
On ne veut plus de nous
Edito
– Bonjour Madame, pourquoi vous pleurez ?
– Oui Monsieur, je pleure… Vous ne voyez pas ? Ils ont arraché toutes les machines. C’est ici que je faisais mes virements depuis quelques années déjà. Vous savez, on trouvait toujours quelqu’un pour aider, au cas où on rencontrait des problèmes. Ça me permettait aussi de sortir un peu de chez moi. Avec le Covid-19, à mon âge, je fais partie des personnes dites fragiles. Les médias, les politiciens, les citoyens : tous parlent de nous ! Mais j’ai l’impression qu’on ne veut plus de nous, qu’on pense que nous ne sommes plus capables de faire quelque chose. Vous voyez où nous en sommes ? Moi, je vis seule, je dois continuer à rester chez moi, même après le Covid-19, je pense bien. On nous fait vivre dans une angoisse permanente. J’avais entendu qu’on arrachait les automates dans les banques de Bruxelles. Maintenant, je vois que c’est vrai. Et qui réagit à ça, Monsieur ? Personne ! Les politiciens…? Tout le monde s’en fout. Mais jusqu’à quand ? Je pense qu’ils devraient faire attention. Regardez les banques : vous ne verrez aucun travailleur, ils sont enfermés, personne ne les voit, mais eux ils nous voient à travers les documents qu’on leur donne. C’est moche.
L’histoire de cette vieille dame questionne entre autres la fracture numérique et les mesures exclusives que prennent certaines banques. Même si la parole publique est fondée sur la protection – dans sa dimension collective – contre le Covid-19, le risque existe que les catégories sociales les plus vulnérables de la société, dont les contributions sont jugées inessentielles, soient repoussées de plus en plus dans l’ombre.